Vers un monde nouveau ? (Abbé Michel Van Herck)

Message de l'abbé Van Herck aux résidents de la maison de repos et aux autres à l'occasion de la Pentecôte.

« Nous allons vers un monde nouveau – un monde nouveau apparaît ». Ce sont les propos tenus par beaucoup d'hommes politiques et de syndicalistes lors de la fête du travail le 1er mai. Ces « prophéties » consonnent curieusement avec les annonces des prophètes bibliques et avec celles de Jésus dans les Évangiles qui nous annoncent le Royaume de Dieu.

C'est ce monde-là que Jésus est venu instaurer et qu'il confie à la garde de ses disciples au moment où il quitte notre monde à l'Ascension.

Alors, marchons-nous vers ce monde nouveau ? Dans la foi, nous le croyons. Mais cette venue n'est pas automatique comme le montre les événements. Il y a des signes positifs mais qui s'entrecroisent avec d'autres qui le sont moins.

Signes ou signaux ?

Vraie ou fausse conversion ?

Dans mon enfance, on évoquait volontiers les églises remplies pendant la guerre de 40 – 45, mais qu'en est-il aujourd'hui ? À l'heure actuelle, beaucoup de chrétiens se plaignent d'être privés de l'eucharistie, mais retournerons-nous massivement à l'église quand ce sera possible ? La routine ne reprendra-t-elle pas le dessus et avec elle a tendance à se braquer sur le chantre qui chante faux ou le curé qui parle trop longuement... ? Quand nous allons à la messe, est-ce vraiment le sens du mystère de Dieu qui nous anime ? Nous pouvons prier personnellement, méditer, faire une lecture spirituelle, mais, comme me l'avouait une personne âgée, « je ne prends pas le temps pour réciter ne fût-ce qu'une dizaine de chapelet ». Oui, la crise nous donne l'occasion d'un approfondissement de notre foi, mais saisissons-nous l'occasion ? Et changerons-nous durablement nos habitudes ? Les paroles des prophètes bibliques ne se vérifieront elles pas encore : ce n'était « qu'une rosée d'aurore » (Osée 6, 4) ?

Vraies ou fausses rencontres ?

Quand on circule un peu dans les coins habités, on voit davantage les personnes se saluer, s'écarter pour laisser passer prioritairement une personne plus âgée. Mais l'habitude de s'ignorer ne reviendra-t-elle pas au galop quand on se bousculera ou qu'on marchera rivé à son smartphone ? Une solidarité de quartier s'établit pour faire les courses des aînés fragilisés ; retrouvera-t-on le quant-à-soi avec le déconfinement ? Une soudaine et heureuse attention se manifeste pour soutenir les soignants, les éboueurs, les pompiers ; continuerons-nous à être leurs supporters quand les temps seront meilleurs ? Des personnes se sont portées bénévoles pour soutenir des associations venant en aide aux plus démunis et aux nouveaux pauvres ; d'autres ont créé d'elles-mêmes des services de repas à distribuer dans les rues ; une telle solidarité se perpétuera-t-elle dans les mois à venir ?

Vraie ou fausse écologie ?

La crise nous fait toucher les limites de la mondialisation. Beaucoup d'industries se sont « délocalisées », comme on dit pudiquement, pour se réinstaller là où les législations ne se préoccupent pas du bien-être des populations et où les salaires sont de misère. N'y a-t-il pas à relocaliser nos moyens de production et à réindustrialiser de manière plus écologique ? La dépendance à l'égard des producteurs lointains a fait comprendre la fragilité de ce système et a fait prendre conscience des coûts onéreux des transports. Un certain nombre se tourne vers les producteurs locaux et apprécie la qualité de leurs produits, mais les encouragerons-nous par la fidélité de nos achats, même s'ils sont un peu plus onéreux ?

Vraies ou fausses informations ?

Au milieu des nouvelles incertitudes engendrées par la crise, nous cherchons à approcher au plus près la vérité. Mais beaucoup d'imprécisions circulent auxquelles s'adjoignent les mensonges, les «fake-news » comme on dit. Les élans les plus généreux sont parfois victimes d'arnaques téléphoniques ou informatiques. Les scientifiques tentent d'éclairer l'opinion et sont appelés à réviser leurs jugements en fonction des découvertes quotidiennes. Cela en déconcerte beaucoup qui avaient fait de la science leur dieu. Des vedettes, aux avis contestables, sont exhibées en « maîtres –ès – vérité ». Sans compter ceux qui ne voyant plus clair, s'autoproclament bons connaisseurs et agissent à leur guise.

Où est la vérité ?

Le « mérite » du covid 19, si tant est qu'on puisse lui attribuer un mérite, ne serait-il pas d'agir comme un révélateur ? Révélateur au sens où un produit répandu sur un objet peut en révéler des parties cachées.
Alors que nous sommes remplis de certitudes, de plans estimés comme les meilleurs, la crise nous a d'abord montré à quel point nous étions peu préparés à y faire face. Comme le déclarait une dame après le décès de son père rescapé des méfaits des armées nazies durant ses quatre années passées à Dachau, c'est un petit virus venu d'un coin de Chine qui l'a emporté en quelques heures ». Et notre manque de préparation s'inscrivait dans celle des autres pays : lenteur de réactions, absence d'anticipation, réponses en ordre dispersé, crispation des lobbys, des groupes politiques, mensonges, langage double.... Nous en avons entendu des choses sur le confinement, les masques, les tests, les traitements, le matériel médical... ! Oui, les jeunes filles imprévoyantes de l'Évangile ont connu de beaux jours ! (Mt 25,1-13).

En juin 2015, politiques et scientifiques ont salué unanimement (ou quasi) l'encyclique Laudato si du pape François, mais n'oublie-t-on pas que la pandémie – dont certains annoncent des récidives – s'enracine dans une crise environnementale sans précédent et qu'ont rappelé récemment les conclusions du synode sur l'Amazonie, volontiers passées sous silence par la majorité des médias. Comme l'écrivait un ami, le covid est un « réfugié écologique » victime de la déforestation, des trafics d'animaux sauvages, des élevages intensifs, du changement climatique....

Quel avenir ?

Sans aucun doute, il y aura un monde nouveau, même s'il est encore trop tôt pour en tracer les contours. Mais quel sera ce monde nouveau ?

Espérons dans les capacités humaines à assumer l'avenir en tenant mieux compte du passé qu'on ne l'a fait jusqu'à présent. L'histoire plus ou moins récente nous laisse des traces des pestes médiévales et des temps modernes, les ravages de la grippe espagnole des années 1910, la grippe aviaire qui a sévi il y a peu dans nos pays, tout comme la grippe porcine, le virus Ebola et celui du chikungunya qui ont ravagé l'Afrique.

Les scientifiques prévoient de nouvelles catastrophes liées au réchauffement climatique dont se préoccupent beaucoup un certain nombre de scientifiques et les jeunes générations. Les manifestations de celles-ci doivent nous obliger à réagir. Si l'on s'est mobilisé jusqu'à présent pour tenter de maîtriser le covid 19, nous courons le risque de nous relâcher avec le déconfinement et de rêver d'un retour paisible au passé.

En ces jours qui nous séparent de la venue de l'Esprit Saint, demandons-lui le don « septiforme » (Veni Creator) :

– l'amour des autres et en particulier des plus fragiles et la bontés envers eux ;
– la joie de collaborer à l'œuvre créatrice ;
– la paix pour chercher ensemble des solutions aux crises ;
– la patience et la douceur envers ceux qui sont lents à voir clair
– la bienveillance à l'égard de ceux qui s'égarent ; la maîtrise de soi pour « changer de paradigme » (c'est-à-dire de modèle) comme dit le pape ;
– la confiance en Dieu qui donne vie à l'homme et à toutes ses créatures.

Abbé Michel Van Herck

 

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    Diocèse de Tournai