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N'ayez pas peur !

Faisant mes courses il y a quelques jours, j'ai croisé une personne dissimulée sous un masque. L'ayant reconnue, je la salue une distance d'environ 2 m, et je vois dans ses yeux une peur profonde comme si je l'avais menacée avec un revolver. Au téléphone, beaucoup me partagent aussi leurs peurs et n'osent même plus sortir pour faire leurs courses ou s'aérer.

Certes, il faut être prudent et respecter les règles mises en vigueur. Il ne s'agit pas d'être bravache comme le sont ceux qui sortent en groupe ou tentent de se rendre loin, seul ou en nombre, et sans nécessité. Car, à trop se confiner et à rester en permanence branché sur les médias, on risque non pas d'être atteint par le covid 19, mais par la paranoïa.

La peur de Jésus

Dans l'Évangile, nous voyons que Jésus lui-même a connu la peur. Au Jardin des Oliviers, ne prie-t-il pas pour que son Père éloigne de lui la coupe qu'il risque de devoir boire ? (Lc 22, 42). Et auparavant, n'avait-il pas été mis en garde par ses amis qui craignaient pour lui et lui voulaient du bien (Lc 13, 31). Ne voyons évidemment pas dans l'attitude de Jésus une incitation à la témérité, mais une invitation à dépasser nos peurs et à croire qu'au-delà de la souffrance causée par le mal, et au-delà de la mort, il y a une vie.

Aimer autrement

La situation que nous endurons tous est l'occasion d'aimer et d'apprendre à aimer autrement. Alors que nous sommes habitués à penser que pour aimer il faut nécessairement un contact physique (se toucher, s'embrasser, s'offrir un objet), nous sommes appelés à nous interroger sur ces gestes souvent machinaux, à nous demander s'ils sont vraiment toujours des marques d'attention ou d'affection, et à voir comment les manifester de manière nouvelle dans le contexte actuel. Les médias et les réseaux sociaux nous montrent les trésors d'ingéniosité déployés par beaucoup quelle que soit la génération. Et pour ceux qui recourent au moyen traditionnel qu'est le téléphone, ils s'aperçoivent de l'encombrement des lignes qui nécessitent de nombreux rappels pour joindre un correspondant.

La vie ecclésiale connaît elle aussi des signes de renouveau : il y a les prêtres qui créent « des cafés du curé », célèbrent en live avec un nombre beaucoup plus important de paroissiens qu'ils n'en avaient habituellement au quotidien dans leur église, il y a aussi les réunions tenues par skype de même que les formations catéchétiques pour les adolescents ou pour ceux qui se préparent au mariage.

La peur, un stimulant ?

Il y a quelques jours le pape disait que « la tempête démasquait notre vulnérabilité et révélait les sécurités fausses et superflues avec lesquels nous avons construit nos agendas, nos habitudes, nos priorités. » La peur peut nous stimuler à suivre le Christ d'un peu plus près. Gageons que la privation d'eucharistie durant des semaines conduira un certain nombre d'entre nous à la retrouver avec plus de ferveur, même des personnes âgées, devenues un peu paresseuses, et qui se contentaient parfois d'une messe télévisée plutôt que d'essayer de se rendre à l'église proche. Certains se soucieront davantage de proposer la communion à domicile à des personnes qui, vu leurs handicaps, ne pourront quand même pas participer à une assemblée eucharistique.

Changer nos habitudes

La vigilance imposera cependant pour ne pas retomber dans nos travers d'avant la pandémie. Demain, serons-nous encore aussi soucieux d'applaudir les prouesses du monde de la santé, depuis les chercheurs qui œuvrent aujourd'hui à grande vitesse pour découvrir un vaccin, en passant par les soignants au quotidien dans les hôpitaux, les maisons de repos et les institutions spécialisées pour personnes handicapées ? Continuerons-nous à nous saluer en rue, en allant dans les commerces, ou serons-nous à nouveau rivés à nos smartphones durant nos déplacements ? Nos habitudes nouvelles de consommation seront-elles prolongées au-delà de la crise ?

Nos façons d'organiser le travail garderont-elles les avantages découverts actuellement ? Le monde économique sera-t-il poursuivi par l'opinion que nous formons, afin de revoir ses modes de fonctionnement pour assainir la planète ? Reprendrons-nous nos mauvaises habitudes de surconsommation et de gaspillage ?

Penser aux pauvres

Timidement les médias ont signalé que l'épidémie s'était transformée en pandémie et atteignait désormais l'Amérique du Nord et du Sud, l'Asie et l'Afrique. Sur ces continents, bien des pays ne disposent pas des moyens efficaces que nous avons pour lutter contre les maladies et contre la misère. Des voix se sont élevées, depuis celle du pape jusqu'à celle de certains politiciens, pour qu'une aide leur soit apportée, notamment en remettant leurs dettes : ces voix seront-elles entendues et suivies d'effets ?

Dans nos pays d'abondance, des mesures ont été prises pour venir en aide à ceux qui sont davantage impactés par la situation. Serons-nous prêts à payer la facture et donc à accepter les restrictions et les sacrifices qui s'imposeront, même si d'aucuns prônent une politique qui ne soit pas d'austérité et qui n'impose pas davantage la population. Comment faire face aux faillites redoutées par un certain nombre d'entreprises et d'indépendants, et qui risquent de se produire ?

Retrouver la confiance

Des économistes nous alertent déjà sur les dangers d'une reprise économique non réfléchie dans toutes ses dimensions. Il sera indispensable de vivre dans la confiance. Confiance sans naïveté pour être sûr que les personnes avec lesquelles nous aurons à collaborer ne risquent pas de nous refiler un covid 19 attardé ; ce qui suppose de tester tout le monde. Confiance dans les institutions bancaires pour être sûr de ne pas rééditer la crise boursière qui s'est produite il y a quelques années. Confiance entre les états dont certains ont des dettes bien plus colossales que celle de notre pays. À ce niveau – même si on peut émettre des réserves sérieuses quant à la volonté du président Trump de relancer au plus vite son économie – comment opérer une relance économique bénéfique pour tous ?

Joie pascale

Nous avons retrouvé la joie des plaisirs partagés entre proches, en famille : poursuivons-nous ce chemin ? D'aucuns ont redécouvert le plaisir de la lecture et la réflexion personnelle qu'elle peut engendrer, persévèrerons-nous dans cette voie ?

Et puis pensons à la première célébration dominicale qui sera organisée après le confinement. Songeons à l'organisation des célébrations qui n'auront pu se tenir dans les semaines précédentes : eucharisties pour les défunts enterrés à la hâte, pour les mariés en attente, célébration des baptêmes, des premières communions des confirmations, bénédiction des saintes huiles.... Sur le plan humain, on aura la joie de se retrouver en famille, de se rencontrer pour préparer ses activités déprogrammées.

Les croyants ont eu l'occasion d'approfondir leur foi en s'attardant à des textes des Ecritures, ou à l'un ou l'autre livre de spiritualité ; des non-croyants se sont posés des questions existentielles face à la maladie et à la mort. Quelle suite donneront-t-ils à leurs réflexions ?

Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'exprimer, la pandémie est « un bon moment », « un temps favorable » dit l'Ecriture, une crise. Ce dernier mot signifie « jugement », « discernement ». Aurons-nous l'audace de faire la vérité et d'en tirer les conséquences, au-delà de toutes nos peurs ? Comme les disciples de Jésus après la passion, dépasserons-nous nos peurs pour croire à la Résurrection et la proclamer dans les faits ?

Abbé Michel Van Herck

 

  • Créé par
    Diocèse de Tournai